Travailler son Texte (2)

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Comme je l’ai dit dans la note Travailler son Texte (1), je vais vous présenter la méthode que j’ai mise en place pour résoudre les quelques points négatifs de mon organisation. Le premier d’entre eux sera abordé ici.

Un squelette trop permissif qui provoque un étalement de l’histoire „

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Je n’irais pas jusqu’à généraliser – chacun travaille comme bon lui semble — mais, ce point précis est névralgique pour moi. Non seulement, c’est à cause de lui que j’étire mes histoires au point de ne plus vraiment en contrôler l’avancée, mais c’est aussi à cause de lui que je finis par abandonner l’écriture d’un roman, que je finis par le mettre au placard. Quand j’ai commencé à écrire Daehra (qui s’appelait alors les Trois Royaumes), il y a 8 ans, j’avais présenté tous mes personnages et grillé mes cartes « suspens » si rapidement, que je ne savais plus où aller. A vrai dire, je n’avais qu’un mince fil conducteur. J’avançais à tâtons dans une purée de pois d’idées. Par contre les chapitres étaient plus longs mêlant plusieurs points de vue à chaque fois. J’avais donc moins besoin de segmenter le récit comme je le fait pour cette nouvelle version. Je n’étais pas non plus aussi pointilleux dans ma relecture ni dans la correction des fautes d’orthographe, ni n’avais de bêta-lecteur. Bref,… tout était très différent. Mais voilà, comme je veux venir à bout de Daehra, il ne faut pas que je m’enlise dans un squelette de scénario qui va petit à petit imploser.

” Mais quelle est la solution alors ? Comment produire son scénario ? Il faut vraiment penser à tout avant de se relancer dans l’écriture ? Y-a-t’il une méthode particulière ? Des points d’inflexion à étudier pour nous permettre de nous aider ? „

Je vais essayer de répondre à ses quelques questions ici, et je finirais par vous expliquer comment je procède.

1°) Les schémas narratifs

Les schémas narratifs sont des patrons qui décrivent plus où moins la façon dont sont écrites les histoires. Il existe bien sûr des schémas de base très simples qu’on peut résumer en peu de points, comme par exemple le schéma quinaire ou schéma actantiel, mais aussi des schémas plus compliqués qui s’inscrivent généralement dans un style particulier de récit, comme par exemple le fameux Voyage du Héros, tellement usité qu’il est devenu la recette de base de nombreuses histoires, films, jeux vidéos,… Je n’irais pas jusqu’à dire que tout le monde s’appuie la dessus, mais étrangement et instinctivement, on se rend compte que lorsqu’on pense une histoire on s’en rapproche. Ces schémas permettent de nous guider vers les points d’inflexion d’un récit. Mais, nous n’allons pas les suivre en vérifiant point par point si on respecte bien la trame qu’ils proposent. Surtout pour ce qui est du Voyage du Héros. Jetez y un oeil et vous verrez à quel point beaucoup de film s’y colle, à la minute près. Maintenant, Allez savoir ! Ce schéma est peut-être intrinsèque à l’humanité ? D’ailleurs, on parle aussi du Monomythe. Mais c’est aussi devenu un concept marketing ! 😉

Concernant Daehra, je ne m’étais pas vraiment penché sur les schéma narratif.

D’abord à cause d’une certaine fierté mal placée : « Mais qui sont ces gens pour nous dire qu’il y a une recette miracle ! Voyons ! ». Il faut démystifier l’écriture. Oui, il y a des gens qui, à la manière des musiques de variété, utilisent des recettes pour écrire un récit. Ensuite à cause de la volonté que j’avais de vouloir me démarquer du moule. « Oh ! Je vais écrire un truc de malade vous verrez, personne ne l’aura encore raconté ! ». Ce qui est au final, plutôt une légère forme d’arrogance, je trouve.

Pour éviter de prendre la grosse tête ou de ce désespérer il y a deux phrases à retenir, que je me répète souvent. Elles sont de l’écrivain Orson Scott Card : « Lorsqu’on écrit on se dit constamment deux choses. Mon histoire est la meilleure de tout les temps. Mon histoire est la pire qu’on puisse imaginer. », « Toutes les histoires ont déjà été écrites, c’est la façon de les raconter qui fera notre originalité ». Pensez-y quand vous doutez de vous-même.

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Finalement, pour m’aider à garder une structure narrative correcte, j’ai décidé de prendre la base de la base. J’ai alors découpé correctement un fichier contenant ma nouvelle trame scénaristique. J’ai copié le schéma quinaire qui s’articule sur 5 points. Et j’ai tout bêtement décrit le niveau général de l’histoire de chaque partie. Ensuite, il m’a suffit de reprendre mon ancienne trame et de la réappliquer en fonction de l’avancée de l’histoire, chapitre par chapitre. A côté de cette trame principale, l’histoire en elle-même ne peut pas vraiment se résumer à ce seul schéma. C’est une multitude de schéma puisqu’elle suit plusieurs personnages qui ont chacun une quête personnelle à réaliser. On alterne alors différentes situations d’équilibre et de déséquilibre qui vont lentement s’accentuer et prendre des proportions de plus en plus importantes en impliquant petit à petit les héros dans le coeur de l’histoire.

2°) Les Thinker Toys

Les Thinker toys, c’est quoi ? Ce sont des exercices utiles pour stimuler l’imagination. C’est principalement des exercices de réécriture, d’observation qui nous poussent un peu à sortir de nos habitudes pour nous inspirer. Si ça vous intéressent, j’en parle dans cet article.

En faite, lorsqu’on bloque sur un scénario, on peut appliqué l’idée de la réécriture., Reprendre le schéma narratif comme je l’ai fait précédemment, c’est une manière d’apporter un nouveau regard sur sa trame. J’ai ainsi débloquer pas mal d’idée comme ça. Quand vous bloquer sur un texte ou sur n’importe quelle idée, essayez d’avoir un autre regard sur ce que vous avez écrit, en le transposant dans un autre domaine, ou en changeant le point de vue qui raconte l’histoire. 🙂

3°) Conclusion

Pour réordonner mon scénario, j’ai donc simplement réécrit le squelette existant à partir des notes que j’avais éparpillé. Ça m’a permis de ne pas m’enfermer dans la structure de départ. Au final, peu de choses ont vraiment changé, mais le scénario c’est enrichi et il s’est stabilisé. Reste encore à détailler un peu plus chaque chapitre.

Lundi, je pourrais commencer la rédaction du chapitre 5 sans problème.

  • Elington

    Alors là merci beaucoup : « narratologie » ? … Je ne me rappelle jamais avoir ne serait-ce qu’entendu le terme. Alors que nous nous abreuvons « d’œuvres de fiction » en permanence voilà qui est super éclairant !

    • Emaneth

      Oui, en faite ça a été étudié depuis longtemps tous ça. Mais je ne m’y étais jamais vraiment intéressé je t’avouerai. Jusqu’à ce que je vois des gens en parler sur le forum d’écriture sur lequel je suis inscrit 🙂 Alors leur débat à ce sujet m’a un peu inspiré 😉

      • Elington

        Enfin quand on y pense c’est un peu normal que les « secrets de fabrication » soient protégés du grand public ! 🙂

        • Emaneth

          « Bien heureux les oublieux, car ils viendront également à bout de leur bêtise. » Nietzsche
          Ne pas connaître les recettes, c’est garder la magie. Les curieux connaissent les rouages, mais en connaissant les rouages. Est-ce qu’on perd en sensibilité ? Est-ce qu’on affute nos sens à d’autre choses plus fines ? Va savoir 🙂 Au final, hollywood, une machine à fric, a quand même tiré un avantage certain de cette recette 😛

          Mais on ne se lancera pas dans un débat ici 🙂 Je pose juste des questions rhétoriques ^^

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  • Jean-Michel Cocchi

    Pour ma part je pense que l’on peut conserver la magie et notre âme d’enfant en connaissant les « ficelles » : j’ai lu énormément de livres fantastiques ou de SF : j’apprécie les variations sur des thèmes maintes fois abordés si elles sont intelligentes et apportent un point de vus nouveau. En tout cas merci pour tes articles, très intéressants et qui m’aident pour mon projet.

    • Emaneth

      Merci pour ton message 🙂
      Je suis content que ça puisse t’aider !