Chapitre 17 – Partie 1

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Quelle idée ! se fustigeait Xenon. Quelle idée d’avoir quitté le salon !

« Plus vite ! » lui intima l’individu planqué dans son dos.

L’homme, protégé d’Apostasis la Morte, lui maintenait fermement le bras. À ses pieds, des liquides s’accumulaient, résidus des minces filets d’eau qui coulaient sur le tapis ; les canalisations des commodités avaient cédé. Xenon en avait plein les chaussures, mais il ne s’en souciait pas. Il devait supporter le poids d’un monstrueux regard croisé un peu plus tôt en se faufilant derrière le rideau, celui de cet homme, froid, hautain, presque amusé. La délégation s’en voulait terriblement.

Pourquoi n’avait-elle pas profité des secousses pour prévenir le Lieutenant ?

« Le flegme des Chitines m’a toujours fasciné », commença l’agresseur.

Dehors, les combats avaient cessé.

« Ce flegme qui cache votre imbécile docilité. Plus loyal qu’un chien ! »

Sa poigne se resserra. Xenon le sentait se retenir.

« Vous ployez sous notre force. On peut vous arracher les pattes, une par une. On peut vous arracher les ailes, les mandibules. Vous restez impassibles. Qu’importe votre taille, reprit le protégé. Vous restez des insectes ! »

L’homme marqua une pause.

« Savoureux lorsqu’on s’en délecte. Silencieux lorsqu’on les écartèle. »

Xenon ne bougeait plus ; il exprimait sa peur la plus profonde. L’être abject qui le retenait avait le discours d’un Manticore. Il transpirait l’aura typique de ces manipulateurs d’organes qui s’élevaient comme des dieux eugénistes. Que pouvait-il comprendre des sentiments chitines ? Que pouvait-il connaître de leur capacité à communiquer, s’il la niait ainsi en la réduisant à une simple représentation gestuelle, à une simple comparaison avec son modèle étriqué ? Bien sûr que les Chitines ressentaient la douleur et la peur ! Bien sûr qu’ils souffraient ! Comme toutes les autres races et créatures sensibles !

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Chapitre 13

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« Tu vas quand même pas… ! couina un troupier qu’un collègue entravait.

— La ferme, Alphonse ! » lancèrent en chœur une quinzaine de soldats.

Cet amas compressé de têtes et d’oreilles fouineuses bloquait le seul accès aux cellules, un couloir transversal attenant aux réserves. L’étroit passage ne payait pas de mine, pourtant il était le théâtre d’une dispute inédite qui attirait, de la poupe à la proue, les cols rouges en services. Même le cuisinier s’invitait, par intermittence, et beuglait un chapelet d’insultes depuis le réfectoire.

« Qu’est ce qu’y foutent ? demanda Strax qui arrivait à l’arrière du bouchon.

— Oh ! Pinçon et Hourdis cherchent encore l’embrouille ! répondit Hubert.

— Hein ? Tu t’fous de moi ! Pas maintenant ! »

Strax s’appuya sur les épaules de son collègue pour contempler la scène.

« T’es pas très stable, mon chameau ! s’amusa-t-il.

— Hé ! T’as les os pointus, mon con ! cria Hubert qui perdait l’équilibre.

— Arrêtez de pousser ! » gémit l’avant.

Là, entre deux képis, Strax vit distinctement trois troupiers se disputer le destin de la délégation d’Apostasis la Morte. Pinçon, le plus costaud d’entre eux, avait pris l’avantage et pointait son fusil en direction des barreaux derrière lesquelles attendait le renonciateur. La créature impassible, assise sur une couchette minuscule, observait les trois hommes se débattre. Au fond du couloir, désarmé, Alphonse jouait des coudes, soulevé à quelques centimètres du sol par Hourdis qui le ceinturait fermement.

« ‘tain ! Mais t’as raison ! s’étonna Strax.

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