Chapitre 23 – Partie 2

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Ce jour-là, une brise légère soupirait dans les couloirs. La Reine souffrait d’un terrible vide émotionnel ; pas une phéromone ne témoignait de la présence d’un quelconque Chitine. Elle qui ne dormait que durant de courtes périodes sortait d’un long sommeil qu’elle ne s’expliquait pas. Elle mourait de soif, et ses estomacs criaient famine. Sa langue, asséchée, lui abîmait la gorge. Mécontente qu’aucune Ouvrière ne se charge de ces désagréments, elle gratta le sol, en souleva un nuage de particules, puis se figea, surprise d’apprendre qu’elle n’occupait plus sa tendre colonie ; la poussière charriait un nom complexe et résiduel, un nom divin, le nom d’une autre Unique : la poussière murmurait Triagua.

Que signifiait cette infâme traîtrise ? L’avait-on droguée, assommée, capturée ? Où avait-on bien pu la traîner ? Quelle vile créature se croyait assez puissante pour oser se jouer d’un être béni par Pertama elle-même ?

Aucune réponse ne vint calmer ses crissements étouffés. Sa rétine captait les lueurs vacillantes d’une rangée de torches qui délimitaient ses nouveaux appartements. Depuis l’entrée de l’antichambre, un courant d’air abreuvait ses antennes de pâles informations, puis remontait vers les plafonds avant de s’éclipser par les puits enténébrés.

L’inquiétude gagna du terrain.

Cet endroit, la Gyne ne l’avait jamais olfacté, ni sur les toiles des Fileuses qui décrivaient pourtant les aléas passés avec une précision déconcertante ni sur les cuticules des Éclaireurs qui lui rapportaient l’odeur du front, l’odeur des guerres menées pour le bien de tous ses protégés. De mémoire de Chitine – de mémoire partagée, développée, consignée -, ce lieu ne trouvait pas d’équivalent identifiable parmi l’espace ou l’autrefois. La Reine gisait dans un lointain immesurable, un lointain qui ne comportait plus une seule trace de ses enfants, de ses amours, des chairs de sa chair. Dans cette obscurité étrangère, elle découvrait une sensation nouvelle, un mot limpide et glacé à la fois. Elle découvrait l’Enclave, entremêlée à l’amertume de la désespérance qui imprégnait son trône.

Elle devinait qu’en haut de ses marches, où on l’avait déposée, une Unique l’avait précédée, que d’autres Chitines avaient foulé ce sol, avaient arpenté ces couloirs sur leurs trois paires de pattes, avaient répandu leurs effluves aux quatre coins du monde. Tous ceux-ci s’étaient désormais éteins. Ne restaient que les marques morcelées de leurs existences, entassées, intriquées, offertes en sacrifice à l’usure du temps.

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Communications (1) – Les Piafs

Troupier Lestocq. Je vous fais confiance. Je vous affecte désormais au poste d’observation. Vous y rédigerez le piaf de douze heures, mais il est important que vous n’y mentionniez pas l’incident. Indiquez seulement notre position actuelle.Lieutenant Lhortie - Chapitre 3

AirMailQue sont les Piafs ?

Non ! Ce ne sont pas des fans d’Edith Piaf, bien sûr ! J’imagine que tout le monde l’aura compris, je parle bien d’oiseaux porteurs de messages. Pour tout vous dire, au départ, ce petit nom n’était pas prévu lorsque j’ai écrit le Chapitre 3. Il s’est imposé avec le langage d’argot des troupiers. J’ai trouvé l’usage parfaitement adéquat. En effet, avec l’évolution de la langue, on a tendance à transformer nos mots, les réduire, les mâcher ou les transposer sous forme d’onomatopées. Le mot piaf résume cette façon de faire. De plus, il a ce petit côté gentiment-rétro-burlesque que je voulais pour l’équipage du Présage 101.

D’où viennent les Piafs ?

Même si les humains connaissent depuis longtemps cette forme de communication. Son utilisation actuelle est héritée des races sauriennes, qui dans leurs traditions chamaniques s’associaient souvent avec d’autres animaux considérés comme sacrés. Petit à petit, l’Enclave s’est appropriée la technologie pour l’adapter à ses besoins. Là où les sauriens prennent le temps d’apprivoiser les oiseaux pour les utiliser comme des égaux. L’Enclave préfère les traités comme de simples vecteurs d’information.

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