Chapitre 18 – Partie 1

« Un Huit, un Sept et un Cinq de Corne ! Et toi ? » siffla le vieux Saurien.

Mara lui sourit en dévoilant son jeu.

« Un Dix, un Neuf de Poil et… tiens-toi bien, Hewan ! »

Avec malice, elle abattit sa dernière carte.

« Un As d’Écaille. Ce qui me donne un vingt tout rond ! »

Le visage tanné de son adversaire se décomposa.

« Mais… commença-t-il, tu ne peux pas jouer ça !

— Encore une règle que t’as oublié de m’expliquer ? » se renfrogna Mara.

Elle resserra le bandeau qui retenait son épaisse chevelure foncée.

« Non, les Cornus l’emportent toujours sur les Poilus ! affirma l’autre.

— Tu disais que les Écailleux soutenaient les Poilus ! »

Hewan posa un doigt griffu sur l’un des cartons et le tira vers lui.

« Cette carte, Mara ! Dis-moi ce qu’elle a de si particulier ! »

On y avait dessiné un lézard au crayon et, dans les coins, le chiffre Un. Ce matériel ne payait pas de mine, mais leur suffisait pour animer les heures de garde.

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Chapitre 17 – Partie 2

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Lhortie avait parcouru les couloirs du premier étage en distribuant directive sur directive. La situation du Présage s’avérait bien plus alarmante qu’elle ne l’avait prévu. Tout le mobilier s’était entassé, mélangé, disloqué. Le Lieutenant n’osait même pas imaginer l’état du salon, encore moins celui des réserves de coke. Dans le réfectoire traversé un peu plus tôt, elle avait dû se faufiler entre les tables et les chaises encastrées en un solide barrage. Dans les dortoirs, elle avait chevauché les matelas qui ne formaient plus qu’une entité moelleuse. Et voilà seulement qu’elle atteignait la salle de réunion où un troupier quittait l’entrepôt d’armement en titubant, les bras chargés de munitions, pour rejoindre le sas ouvert sur la passerelle de proue. Dehors, quatre autres soldats l’attendaient. Parmi eux, Hourdis et Pinçon, toujours vivant, se tenaient à la rambarde de sécurité. Lorsqu’il virent passer leur Lieutenant, ils se redressèrent instantanément. Sans un regard, elle s’enfila, pressée, dans la cage d’escalier désormais escarpée qui menait au cockpit. Elle espérait y préparer l’atterrissage d’urgence, mais à peine eut-elle posé le pied sur la première marche que Gaspé, le timonier en second, l’un des conducteurs du Présage, remonta en courant dans sa direction.

« Rupture des communications, j’imagine ? » le devança Lhortie

Elle n’envisageait pas d’autre raison pour qu’il en vienne à quitter son poste.

« Non non non, chef ! Tubes acoustiques intacts ! débita le soldat, en sueur.

— Et que fait Lapointe ? Il n’y a plus personne pour sonner l’alarme ? »

— Personne ! On m’envoie vous chercher. »

Derrière une barbe épaisse et foisonnante, la bouche du timonier se tordait.

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Chapitre 12

Haut-de-forme

Mobius ne réfléchissait plus. Quelqu’un attendait son aide. La détresse de Zacharie perçait ses monceaux d’appréhension entrelacés d’angoisses. Il lui avait suffi de prononcer une simple phrase, ces simples mots, au bord des larmes, imprégnés de candeur.

« Où est Aliénor ? »

Mobius avait vu Lhortie se crisper, Xenon se figer. La question entrait indéniablement en résonance avec leurs propres souvenirs. Où sont nos proches, ceux qu’on aime, ceux qui comptent vraiment ? Où sont nos racines, notre patrie, nos pairs, nos amis ? L’Enclave y répondait en quelque sorte, lors du rituel d’Intronisation. Buvez l’eau et vous saurez  ! La Renonciation niait ces interrogations. Les capites les interdisaient. Mais peu qu’importait de savoir, d’être contraint à oublier ou même de rejeter, le monde en souffrait terriblement. Tous en souffraient. Tous gardaient l’espoir de revoir un jour leur famille. Tous ressentaient ce manque infini de ceux qu’ils avaient connus, côtoyés, chéris, à présent inaccessibles. Mobius y pensait toujours. Ses tuteurs, ses quelques camarades, cette fille mystérieuse qu’il n’avait pas eu le courage d’approcher. Parfois même, il se surprenait à songer à des visages croisés dans les rues, des situations qui l’avaient profondément touché : un mendiant au regard rieur, une vieille femme assise sur un banc à ses côtés pour discuter, un sourire émerveillé. Il revoyait la peau grêlée du premier, les traits avachis de la seconde. Il revivait cet instant, tous ces instants qui n’appartenaient plus à cette nouvelle réalité, mais qui persistaient à travers lui, comme le dernier lien, la dernière fenêtre sur son passé.

« Où est ma sœur ? »

Zacharie subissait déjà le même processus à travers sa question, sa colère, son appel à l’aide. Il ressentirait la dure loi de l’absence, de l’abandon, du deuil, mais il se relèverait. Désormais, Mobius pouvait se relever, à son tour. Il pouvait tendre la main, se rendre utile, porter cet homme à la dérive, cette carcasse amorphe, pousser sur ses jambes, de toutes ses forces, le traîner sur son lit de fortune, l’allonger timidement, camoufler sa pudeur d’une simple couverture, redresser la table de nuit, y dénicher les quelques vêtements prévus pour lui, l’aider à s’habiller en détournant le regard, rougir lorsqu’il rencontrerait cette peau claire, ses yeux verts sur le point d’abdiquer.

Mobius s’accomplissait enfin dans cette mission. Elle prenait tout son sens. Elle l’investissait. Il se revoyait, un an en arrière, jour pour jour, l’esprit embrumé, lamentable et perdu, en route pour Apostasis la Morte. Puis, il entendait les encouragements des habitants de Baladrek, les seuls à l’avoir soutenu dans ses heures les plus sombres, le rire gras et jovial de Waldhar, son dirigeant, qui, entre deux verres de vinasse, le bousculait pour qu’il découvre les plaisirs de cette nouvelle vie. Depuis cette période heureuse et jusqu’à ce jour-là, Mobius n’avait jamais cru aux dires de ses camarades, lorsque ceux-ci avaient tenté de le persuader des bienfaits du voyage. Comment aurait-il pu croire que l’incontournable cérémonie annuelle le remettrait d’aplomb ? Il subissait l’avènement de Baladrek au Conseil de l’Enclave. On ne lui avait pas laissé le choix. Il n’avait jamais pris le temps de choisir. Ses études d’anatomie ennuyeuses, le calice vide des capites, l’embarquement à bord des arches, tout n’était qu’une marche à suivre, un chemin tout tracé. Pourtant, Zacharie lui offrait la possibilité de prendre l’avantage sur ses peurs, la possibilité d’agir.

Et voilà que Mobius agissait.

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Chapitre 11

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Mobius et Xenon se chamaillaient derrière l’œilleton.

Le premier, perplexe, s’acharnait à commenter chaque étape du réveil de l’homme ligoté à l’intérieur. Le second l’encourageait à grand renfort d’acclamations et d’accolades immodérées.

Ces deux-là ont l’air de bien s’entendre, songea Lhortie.

La présence du chitine la soulageait.

S’il y avait bien une seule délégation capable d’un peu de bon sens, c’était bien celle de Pentagua. Plus tôt dans la matinée, l’insecte l’avait abordée pour discuter du cas “Baladrek”. Désireux d’aider humblement son confrère, il s’était proposé comme soutien pour l’accueil du dernier endormi. D’abord surprise, le lieutenant avait longuement hésité avant d’accepter sa requête. L’affaire s’avérait délicate. Il y avait un protocole à respecter. Chaque délégation devait faire face en solitaire à ses attributions, mais avec un être aussi insignifiant et maladroit que Monsieur Klein, il fallait savoir s’adapter, transgresser la tradition. Alors pourquoi refuser ? Pour ses supérieurs qui n’en verraient pas la couleur ? Pour ses troupiers trop occupés à s’inquiéter du sort du renonciateur enfermé à l’étage ? Tout dépendrait du résultat de la rencontre. Lhortie partait gagnante. Quoiqu’il en soit, l’assistance du chitine arrivait comme une bénédiction, à l’heure où le Présage 101 résonnait des rumeurs d’une poignée de révoltés.

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Chapitre 10

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Nu, Zacharie flottait, déboussolé, au milieu d’une mer démontée qui lui léchait le visage. Elle le soulevait, le propulsait dans les creux, sous la voûte écrasante des roulis, au cœur de la tempête. Les bourrasques soufflaient les vagues en une myriade de gouttes, une bruine insoutenable qui lui brûlait les yeux. Pourtant, l’homme ne ressentait pas la peur, pas plus qu’il ne ressentait la douloureuse morsure du sel. Il avait confiance en Valta, le dieu Océan, confiance en sa toute-puissance face à Tuuli, le Brouilleur d’Écume, son jumeau céleste. Ce dernier avait beau déployer ses aquilons tumultueux pour agiter la surface marine, Valta l’emportait toujours. Zacharie s’en persuadait. Pas de doute, il le protégerait du malheur de sombrer. Tuuli s’essoufflerait. La mer s’adoucirait comme aux origines du monde.

Ainsi, ballotté au grès des remous, il ne luttait pas. Il offrait sa vie au bon vouloir de sa divinité. Mais tout allait si vite. Lorsqu’une déferlante s’effondrait sur lui, il retenait sa respiration tant bien que mal, puis péniblement, à bout de force, remontait à la surface, en quête du précieux oxygène chargé d’embruns poisseux. Inlassablement, il recrachait l’eau qui s’insinuait dans ses poumons et il s’abîmait à nouveau sans même réfléchir, avec la conviction qu’il échapperait bientôt à ce calvaire. Malgré tout, il s’épuisait à supporter le vacarme des vents déchaînés, à ignorer son corps endolori, fouetté par les lames aquatiques. Paralysé par les eaux glacées, il en oubliait comment nager, comment retrouver l’air libre et salvateur. Alors, la prière en murmure, un dernier espoir au cœur, il se laissa couler dans les ténèbres oppressantes et silencieuses.

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Chapitre 9

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Zacharie se fondit dans les ténèbres, son capuchon d’écailles baissé jusqu’au bout du nez. Deux miliciens s’approchaient. Lorsque leur torche perça la brume du carrefour, le jeune garçon se recroquevilla un peu plus, camouflé derrière les tonneaux. Il ferma les yeux, retint sa respiration et pressa contre son cœur un paquet emmailloté et tâché de sang.

La patrouille traînait le pas sur les pontons. Aucun signe d’affolement. Personne n’avait constaté son crime. Pourtant, on ne tarderait pas à le découvrir, à se lancer à ses trousses. Il lui restait peu de temps. L’aube approchait. Les pêcheurs partiraient bientôt pour le large et Kelluva, la ville flottante, s’animerait comme chaque jour offert par Valta, le dieu Océan. Il fallait agir vite pendant que tout le monde dormait encore à poings fermés. Son cabanon n’était pas si loin. Il y récupérerait son épée et la perle d’alliance avant de filer vers les côtes impies.

Par delà l’écume et la houle, songea Zacharie, avant de jeter un œil entre les tonneaux.

Dehors, derrière les filets de pêche, les mâts dressés des drakkars ballottaient sur l’horizon cafardeux. Les lueurs vacillantes et lointaines des patrouilles s’y découpaient dans une brume épaisse, propice à l’évasion. La torche des miliciens en approche dessinait des ombres folles sur les murs et les pontons. Elle s’accompagnait du murmure étouffé des deux hommes et du clapotis entêtant des vagues qui fouettaient les coques alentour. Toute cette ambiance sonore masquait la respiration saccadée du jeune garçon aux aguets. Son cœur gonflait ses tempes. Il avait les mains moites. L’humidité des embruns matinaux n’aidait pas.

« Ici, c’est le cabanon de Rorick Le Gras », lança le premier milicien.

Les bruits de pas cessèrent.

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Chapitre 8

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« Lieutenant chef ? » murmura une voix déconfite. Vous dormez déjà ?

Alors qu’elle se glissait à peine dans son lit, quelqu’un toqua timidement à sa cabine. Lhortie serra les dents. Sans réponse de son supérieur, l’homme insista.

« Chef ? C’est Foliot, votre sous-lieutenant, chef ! »

Bien sûr que c’était lui ! Elle l’aurait reconnu entre mille. Il jappait sans cesse d’insupportables formules de politesse à la manière d’un cabot fidèle. Son enthousiasme et sa voix nasillarde l’irritaient, mais il avait aussi ses avantages. Indulgent et naïf face à toutes les situations, il lui suffisait d’une infime récompense pour oublier tous les coups de pied qu’elle lui mandatait.

« Qui y a-t-il, Foliot ? gronda-t-elle.

— C’est vraiment urgent, chef ! Je crois qu’on a un problème, chef !

— Voyez-vous ça ! »

Atterrée, elle s’extirpa de sous ses couvertures. Elle enfila son seul chemisier en coton. Derrière la porte, elle imaginait Foliot se dandiner comme un pendule, un tic dérangeant qui s’immisçait lorsqu’il poireautait au garde à vous. Cette mauvaise habitude lui avait valu le surnom de Culbuto, ce qui n’empêchait pas les troupiers de le respecter pour ses qualités d’écoute, de compréhension, mais surtout pour son courage lorsqu’il relayait les informations au lieutenant à leur place. Quand le sujet s’avérait brûlant, les soldats passaient toujours par Foliot. Messager, mais aussi souffre-douleur auprès de son supérieur, il commandait le Présage lorsque celle-ci voulait se reposer. Lhortie saluait son obstination, sa fidélité et son obéissance, mais l’homme souffrait d’un manque total d’initiative. Sûrement son plus gros défaut, parmi une flopée de travers qui écornait son image. Il fallait s’y résoudre. Elle ne l’avait pas choisi, tout comme elle n’avait pas choisi son équipage.

D’un tour de main, le lieutenant enroula sa chevelure brune en un chignon improvisé, puis ouvrit la porte sur le couloir. Foliot lui apparut dans la pénombre. Son crâne, terrain de jeu d’une calvitie avancée, brillait à la lueur blafarde des lampes. Une ride chevauchait ses sourcils broussailleux derrière lesquels se fondaient des yeux inquiets.

Lhortie le dévisagea, circonspecte.

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Chapitre 6

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Enfin seul dans sa cabine, Xenon ouvrit avidement en deux son livre fétiche. Après cette longue après-midi réservée à l’accueil des nouveaux arrivants assignés à Pentagua, il se devait de se replonger un peu dans l’étude de cet ouvrage de premier ordre, le Compendium des Expressions Vocales et Corporelles. Un titre barbare, certes, mais seulement dans la langue globale. Les chitines, eux, n’utilisaient qu’une seule phéromone pour le désigner. Tout y était plus simple, plus direct. Un lien pouvant induire des images complexes, des ébauches sentimentales.

Naturellement, Xenon en approcha son visage et en huma les émanations.

« Le Pouvoir du Contact, traduisit-il en s’appuyant sur l’invisible signification qui imprégnait le papier. »

Lorsqu’il était seul, il avait pris l’habitude de lire à voix haute.

Où en étais-je ?

Confus, Xenon parcourut le volume du bout des doigts et s’en approcha à nouveau. Sur les pages vierges, on ne distinguait pas un caractère, seulement d’insignifiantes traces irisées par endroit, homogènes à d’autres. Il ne s’agissait pas là de taches d’huile ou d’aquarelle, mais bien de phéromones, nuancées, mélangées, exposées pour le plus grand plaisir des olfacteurs, la population de lecteurs chitines.

Voilà, c’est ici !

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Chapitre 5

Haut-de-forme

Dans sa cabine, Mobius rêvait, inconscient.

Son esprit divaguait, captif d’une convalescence forcée. Au creux de ses songes, une bataille intérieure débuta, l’opposant à un ennemi invisible, terré dans les profondeurs de son être. Depuis plusieurs mois, il avait consciencieusement évité l’affrontement, diminuant de manière draconienne ses heures de sommeil. Mais aujourd’hui, à son paroxysme, cette fatigue accumulée avait eu raison de lui. Il en était convaincu. À cette occasion, l’autre rappliquerait au galop. De sa voix gutturale, il lui ferait se remémorer les pires horreurs, y mêlant frissons et maux de ventre. L’autre, c’était la Peur elle-même. Une peur insidieuse. Une angoisse sans visage dont on ne prononce le nom qu’à demi-mot, dont il est impossible de se dépêtrer. Personne ne le pouvait vraiment. Lorsqu’elle rampait sournoisement vers vous, il n’y avait plus qu’une chose à faire. La fuir. La fuir éternellement, jusqu’à ce que, fatalement, elle vous rattrape. Mobius le savait. Il suffisait que le temps suive son cours, que la corde se tende jusqu’au point de non retour, jusqu’à l’évanouissement. Là, seulement, son cerveau pouvait se reposer jusqu’au prochain combat face à lui-même, jusqu’à la prochaine défaite. C’était inéluctable.

A ce moment précis, lorsque la rupture s’opérait, lorsqu’il basculait dans la terreur, des souvenirs ressurgissaient. Il les revivait alors comme s’il redécouvrait chaque sentiment, chaque sensation. Tout y était si palpable, concentré en l’espace de quelques minutes. Tout s’y mélangeait, les cris, le sang, les battements de son coeur affolé, la sueur dégoulinant lentement le long de sa nuque.

Sous ses draps, Mobius se souvenait, à demi éveillé.

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Chapitre 4

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2,5-Diméthyl-Pyrazine referma son livre. Confortablement installé dans l’un des fauteuils du salon, il attendait son tour. La délégation de Baladrek venait de traverser les rideaux menant à la nacelle des nouveaux arrivants. Enfin seul, il déposa délicatement son élégant chapeau melon sur la table et laissa voguer ses pensées. Ce minuscule morceau de lui-même, cette masse inerte de feutre noir, scintillait par endroit. Les rayons du soleil que filtraient les hublots s’y réverbéraient, soulignant ses minces traces d’usure. Son fidèle couvre-chef, quelque peu défraîchi, n’avait pourtant pas perdu toute sa superbe. Le chitine en prenait grand soin, le rangeant tous les soirs dans sa boîte en carton. Il éprouvait envers lui un attachement qui dépassait l’entendement, un attachement qui le replongeait un an en arrière, lorsqu’on lui avait fait découvrir la civilisation, lorsque Pentagua, la cinquième colonie, l’avait accepté dans ses rangs. Depuis, il refusait de s’en séparer, redoutant par la même occasion de perdre une partie de lui-même, une partie de son histoire. Ce n’était pourtant qu’un objet sans âme, mais cet objet, il l’avait porté jour après jour, il l’avait chéri. L’abandonner pour la fade odeur de la nouveauté le répugnait. Un chapeau neuf ce n’était qu’un grand vide de sentiment, un manque total de repère, un mélange effrayant d’arômes étrangers, brouillés et aseptisés.

Le chitine huma l’air ambiant.

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