Naissance du Conseil (1) – La Frénésie d’Enagua

steampunk3bas« Asseyez-vous par ici ! » lance Xenon-9834 en mimant un sourire de bienvenue.

Vous suivez ses ordres et vous vous installez à l’avant. Le Chitine tient un épais livre à la main et une craie dans l’autre.

« Aujourd’hui, nous allons parler de la Naissance de l’Enclave ! Vous devez vous en poser des questions à son sujet, non ? »

1000AnsVous acquiescez. Le livre qu’il tient dans la main n’a rien à voir avec les ouvrages phéromonaux qu’il affectionne habituellement. Sur la couverture, vous pouvez y lire de vrais mots, des mots en langue globaleÉpopée des 7 Colonies. Voilà qu’il vous tourne le dos. Devant lui, un grand tableau s’étend sur le mur. Xenon y tracer la carte approximative de l’Enclave géographique, un cercle plus où moins rond digne d’un enfant de 5 ans où s’affrontent reliefs accidentés et arbres ridiculement grands.

 Une fois le travail réalisé, il fait volte-face. Sa bouche tremble mécaniquement. Vous le sentez fébrile, prêt à vous délivrer les connaissances qu’il a potassées rien que pour vous faire l’honneur d’une explication exhaustive. Avant de reprendre la parole, il feuillète son ouvrage et l’analyse. Sa tête se penche sur le côté, à angle droit. Il vous semble qu’il n’y comprend pas grand-chose. Et pourtant…

Il y a 1000 ans…

« Ah voilà ! se réjouit-il en se redressant, victorieux. Remontons 1000 ans en arrière, lorsque les forces de deux villes états convergèrent pour fonder l’organisation que nous connaissons aujourd’hui, l’Enclave institutionnelle. À cette époque, les dirigeants établirent le Conseil de l’Enclave à Apostasis la Pure, une des deux capitales tenues par les Renonciateurs (Apostasis la Morte n’existaient pas encore). Cette ville s’unissait donc à Egydön par un pacte sacré… »

Derrière vous, Strax, un troupier turbulent, se racle la gorge.

«… unies par un bout de papier, ouais ! Et sûrement une bonne bourse bien remplie ! ricane-t-il.

— Oh ! Tu t’la boucles ? Ou j’te rosse les girolles à grand coup d’crosse ! » assène Lestocq, un autre troupier.

Le premier souffle. Vous l’entendez cracher bruyamment et grommeler dans son coin.

« Alors ! reprend Xenon. Apostasis, riche de 600 ans d’existence, s’unit par un pacte sacré à la plus jeune des deux cités, Egydön. À elles seules, elles décidèrent qu’il était grand temps d’accueillir convenablement les nouveaux arrivants qui débarquaient pour « on ne sait qu’elle raison » sur Daehra. Le plus gros couac dans tout ça, c’est qu’elles le décidèrent sans consulter les autres individualités — cités, colonies et tribus — qui prospéraient dans l’Enclave et qui avaient besoin de tous ces migrants pour exister.

— En gros pour faire simple, l’interrompt Strax, Apostasis la Pure, dirigée par des Capites, fout la merde pendant des siècles, juste pour prendre le contrôle de la ressource la plus importante, la ressource de la vie elle-même sur Daehra. Alors, aujourd’hui, on félicite l’Enclave pour l’initiative, on fait des commémorations, toussa toussa… Mais ça débute quand même dans des conflits diplomatiques débiles, du sang, des guerres, des révoltes…

— Les évolutions de la société se font rarement dans les fleurs ! envoie Mirador, un troisième troupier.

— Strax, Mirador, merci pour votre intervention ! Effectivement, depuis sa création, le Conseil de l’Enclave a subi bon nombre d’accrochages en s’appropriant la région centrale de la Griffe Noire. Et… »

Xenon se fige, puis remonte les manches grossièrement.

« Vous vous demandez peut-être où se situe la Griffe Noire ? Il suffit de regarder au centre de la carte de Daehra. C’est un gigantesque bras solidifié de roches volcaniques qui subsiste au milieu d’un océan de lave, les Plaines de Kardia. Et pour bien comprendre, pourquoi l’Enclave a tout chamboulé, il faut savoir qu’avant la constitution du Conseil, les gens qui apparaissaient à la Griffe devaient se débrouiller seuls pour rejoindre des terres plus hospitalières et construire leurs propres communautés, éparses et souvent fragiles. Plus de la moitié d’entre eux mourraient sur les routes semées d’embuches, de pilleurs et d’animaux sanguinaires. Les plus forts seulement pouvaient prétendre traverser les frontières naturelles de la Couronne de Cendre, une chaîne circulaire montagneuse où de nombreux volcans en éternelle activité ponctuent le pourtour intérieur. Alors, forcément, vous vous imaginez que quand Apostasis la Pure et Egydön ont voulu contrôler le flux de migrants, le monde s’est divisé autour de leur décision. Enfin… le monde… C’est un peu plus compliqué que ça… »

Xenon plonge son nez à l’intérieur de son livre.

« Pour résumer deux cents ans d’Histoire, reprend-il, Enagua, la première colonie chitine, dirigée par une reine termitoïde…

— C’est quoi, ce mot pourri ? grommelle Strax.

— C’est une race de Chitines qu’on ne voit plus de nos jours, explique Xenon gentiment.

— Oh… Et pourquoi ça ?

— Strax ! s’énerve Lestocq. Tu le laisses dévider… T’poseras tes questions après ! »

L’autre ronchonne puis se tait.

« Donc… cette reine, qui dirige Enagua, devient complètement folle de rage lorsqu’elle s’aperçoit que les migrants chitines n’atteignent plus sa colonie. Elle s’allie alors avec celle de Dyogua, la deuxième et dernière colonie chitine qui subsistait à l’époque. Toutes les deux se mettent en tête de récupérer le contrôle de la Griffe Noire. De l’autre côté, au Sud-Ouest, les tribus sauriennes se soulèvent elles aussi et forment une coalition tribale autour de la ville de Cécrops, pour s’approprier les nouveaux arrivants. Les trois alliances s’élèvent alors. Celle des lézards ne tiendra pas longtemps, car leurs tribus trop éparpillées eurent du mal à s’organiser correctement et à suivre les nombreux conflits qui rythmèrent la vie des habitants de Daehra. »

Il y a 800 ans…

EnaguaTableau« Et au bout de deux cents ans, tout se calme ? demande Mirador, le regard pétillant.
— Oui, quasiment ! L’Enclave voit l’apparition d’une migrante exceptionnelle, une très jeune reine chitine encore influençable. Plutôt que de s’en débarrasser directement, une proposition est lancée. Les Renonciateurs et les dirigeants d’Egydön acceptent alors unanimement de la prendre sous leurs ailes et de la protéger en érigeant eux-mêmes une colonie artificielle, Triagua qui n’avait pas de poids dans leurs décisions, mais qui permettait de montrer leur désir de réconciliation.
— Foutage de gueule… », vous souffle Stras à l’oreille.

Vous sentez son écœurante haleine mentholée.

« La reine d’Enagua, le prit comme une trahison supplémentaire de la pire espèce. L’Enclave installa Triagua au Nord et y introduit les chitines qu’ils recevaient à la Griffe Noire. Mais d’autres arrivèrent aussi, ceux qui quittaient les deux colonies. Le livre en parle peu. Mais je suppose que le conseil avait dû mettre la main sur des phéromones royales, car Dyogua, qui avait déjà perdu un tiers de ses habitants, se rallia à leur cause, contrairement à Enagua qui ferma définitivement ses portes dans une paranoïa inexplicable. Puis, quelques années après, une rumeur parvint aux antennes des phéroscribes de Triagua, une rumeur qui annonçait la mort d’une Gyne, la mort d’une fille de Pertama l’Unique, la mort de la reine d’Enagua. J’imagine l’horreur qu’à dû provoquer l’annonce officielle de son décès sur tous les chitines de l’Enclave. C’est un sentiment que vous ne pouvez pas comprendre, vous, les peaux molles. À la mort d’un ennemi, vous vous réjouissez. Mais pour nous, c’est une part de notre déesse qui s’éteint avec elle, une part de Pertama l’Unique. Même si dans nos batailles nous nous déchirons et nous nous détruisons, nous sommes nés pour les servir. Alors qu’importe la reine, elle reste sacrée et notre cœur s’en trouve tout autant affecté.»

Un lourd silence vous étouffe.

« Mais que s’était-il passé dans les termitières d’Enagua ? » questionne Mirador, imperméable.

« Lorsque les éclaireurs de Dyogua ouvrirent les portes de la colonie, ils dévoilèrent au monde l’horreur d’un terrible bain de suc qu’on nomma alors la Frénésie d’Enagua. Tous les habitants sans exception s’étaient entretués ou automutilés jusqu’à ce que mort s’ensuive. Des corps, isolés de la masse de cadavres pourrissants furent découverts démembrés alors qu’ils étaient solidement enfermés dans leurs appartements. Comment expliquer un tel massacre, une telle folie ? Je dois dire que la réponse que rapportent les témoignages m’affecte énormément. Il est dit que la Gyne elle-même serait à l’origine du génocide. Il est dit que dans un instant de délire, elle aurait forcé toute la colonie à mourir avec elle en répandant ses effluves royaux dans les tunnels, le sorte d’effluves que mêmes les phéroscribes ne sont pas capable de sécréter. »

L’assemblée reste bouche bée.

Il y a 750 ans…

« Et… hésite Mirador, c’est comme ça que naît l’Enclave ? »

750Ans— Oui, affirme Xenon, dans les grandes lignes ! Pendant ses 200 ans premières années, le Conseil se composait seulement du duo : Apostasis la Pure / Egydön, rejoint sur le tard par Triagua. Cinquante ans après la Frénésie d’Enagua, on accueillait à la table des décideurs, la Nouvelle Enagua, reconstruite par les Görts, un peuple de géants troglodytes. Il reste encore plus de 750 années d’Histoire à survoler. Au court de celles-ci les villes vont petit à petit gagner leur place au conseil. Mais tout ça, on en parlera sûrement une autre fois. Il commence à se faire tard. »

— Quoi ? Vous avez déjà fini ? s’insurge Mirador alors que Xenon remballe ses affaires.

— C’est bientôt l’heure de bouffer, qu’est ce que tu crois ? balance Strax.

— Vous croyez qu’ils en ont encore de cette fameuse salade de puceron ?

— Mais… »

Vous les voyez quitter la pièce. Leurs ventres gargouillent. La porte se referme.

Un peu de solitude ne fait pas de mal.

 

 


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steampunk3haut

  • Saekeryan

    Xenon. L’amour de ma vie. (et le commentaire le plus constructif au monde x) )