Écrire une histoire – La Structure Globale

itzpyr31Quelle est la structure d’une histoire et les grands principes de l’écriture d’un scénario ? Est-il vraiment nécessaire de savoir écrire un scénario pour écrire un roman ? Y a-t-il une recette magique pour réussir son histoire ? Voilà quelques questions auxquelles je vais tenter de répondre dans cette suite d’article. Au risque de vous décevoir, je peux déjà vous dire qu’il n’y a pas de recette magique. Il y a des outils, oui ! Il y a des techniques d’organisation, oui, oui ! Et tout un tas de machins commençant par la lettre P : préconisations, principes, préceptes… Chaque auteur a sa propre façon de faire. Si on devait toutes les nommer, nous n’aurions pas assez de mots commençant par P dans la langue française. Tout ça pour vous dire que ce que je vais vous raconter ici, dans cette série de notes, ne fait pas parole d’évangile. Non ! C’est seulement une façon de voir les choses, d’aborder l’écriture d’une manière structurée.

D’ailleurs, puisqu’il faut rendre à César ce qui appartient à McKee, je m’inspire fortement de : Story par Robert McKee pour réaliser mes notes. Elles ne seront pas aussi détaillées que son bouquin, donc je vous conseille d’y jeter un œil à l’occasion. Il le destine à l’écriture de scénario pour le cinéma, mais on peut facilement transposer ça à l’écriture de scénario pour préparer un roman par exemple. Dans cette première note, j’aborde la structure très globale de l’histoire. C’est essentiellement une note terminologique.

Qu’appelle-t-on Structure de l’Histoire ?

Cette question revient à se demander :  Qu’est-ce qu’une histoire ? Une histoire, d’après le dictionnaire du CNRTL, c’est  un : Récit concernant un fait historique ou ordinaire ; narration d’événements fictifs ou non. Je crois qu’avec une définition pareille, on est dans le thème, si je ne me trompe pas ! On ne peut pas faire plus simple. D’ailleurs, c’est tellement simple, que l’homme raconte des récits depuis la nuit des temps. Et pour ce faire, il utilise toujours la même technique. Il sélectionne les évènements narratifs qu’il veut mettre en avant et les organise de façon à s’accorder avec les objectifs qu’il veut atteindre : dénoncer, émouvoir, divertir… On peut même coupler les objectifs pour en multiplier l’effet. Rien de tel qu’un récit qui émeut le lecteur pour dénoncer par exemple.

Si on en revient à la structure, McKee dit ceci :

La STRUCTURE naît de la sélection de certains évènements pris dans les histoires de la vie des personnages, composée en une séquence stratégique pour susciter des émotions spécifiques et pour exprimer une vision particulière de la vie.Robert McKee - Story

VieHistoire

On sélectionne les évènements importants qu’on veut raconter dans la vie de Jason.

Qu’est ce qu’un Évènement ?

Dans une histoire, un évènement est considéré comme un moment qui va provoquer un changement significatif dans la vie de notre héros aussi appelé changement de valeur narrative. Mais qu’est-ce qu’une valeur narrative ? La valeur narrative c’est un caractère qui peut évoluer et passer de positif à négatif, ou négatif à positif. Pour être encore plus clair, parce que je vois bien que je vous perds, voilà quelques exemples de valeur avec lesquelles ont peut jouer : richesse/pauvreté (positif/négatif), courage/lâcheté, amour/haine, libre/esclave, compagnie/solitude, vie/mort,… ou pour le cas de Jason développé ci-dessous : chevelu/chauve. (Je m’excuse d’avance pour tous les dégarnis qui liront ce passage !)

Jason1Jason reçoit une perruque oreille d’ours pour son anniversaire ! Il est content d’avoir des cheveux !

Un Évènement Narratif crée un changement significatif dans la vie d’un personnage s’il est exprimé et vécu en fonction de certaines valeurs par le biais d’un CONFLIT DRAMATIQUE.Robert McKee - Story

Le Découpage de l’Histoire

Généralités

Voilà un schéma qui nous présente comment découper un scénario. L’histoire est l’élément le plus gros. Elle est constituée d’un ensemble d’actes, eux-mêmes découpés en séquences composées de scènes. L’unité la plus petite de l’histoire est ici présentée comme le Temps Fort (TF). Je vais vous expliquer tout ça un peu plus en profondeur. Bien sûr, ici, c’est le principe d’écriture de scénario pour le cinéma anglo-saxon, mais, comme je le disais déjà dans mon introduction, ça peut très bien s’appliquer à la préparation du scénario de son propre roman. Pour le cinéma français, on utilise les termes séquence et scène de manière différente : une scène est un ensemble de séquence. J’ai tiré cette structure du bouquin traduit en français de McKee, mais vous pouvez en avoir un aperçu en anglais ici-même.

HistoireCommençons avec la Scène !

Et pourquoi donc ? Parce que plus haut, nous parlions de l’évènement narratif. Dans notre structure, une scène devrait idéalement correspondre à un évènement narratif selon McKee. Elle se doit de transformer une valeur de votre personnage de positif à négatif (ou inversement). Si la valeur ne change pas, on dira que cette scène est un non-évènement, ou une scène d’exposition en quelque sorte, juste là, pour donner des informations au lecteur. Pour plus d’efficacité, l’auteur devrait éviter les scènes d’exposition pure et mélanger l’exposition à l’évènement en somme. Une scène a aussi la particularité de se dérouler dans un seul continuum spatio-temporel, explique McKee.

Les Temps Forts, quant à eux, sont la plus petite unité de mesure de la structure narrative. Ce sont des changement de comportement type action/réaction, qui au sein d’une scène, mis bout à bout, vont progressivement renverser la valeur du protagoniste. Une discussion qui s’envenime petit à petit aboutissant à une rupture, à un acte de violence, à un baiser, à une preuve d’amitié, par exemple. Les temps forts sont les minuscules pivots qui vont nous amener au dernier, le pivot dramatique de la scène.

Un cran au-dessus avec la Séquence

Une séquence regroupe plusieurs scènes. Ces scènes doivent renverser une valeur globale du protagoniste, une valeur plus importante que les valeurs renversées dans les scènes précédentes. McKee donne l’exemple suivant que j’ai énormément simplifié pour ne pas vous en faire une tartine. D’ailleurs, je voulais faire mon propre exemple, avec Jason et sa perruque. Une histoire d’essence qu’on lui aurait versée sur la tronche parce qu’il avait une perruque ridicule. Mais j’ai trouvé ça de trop mauvais goûts… J’espère que vous êtes d’accord… Bref ! Reprenons l’exemple de McKee dans les grandes lignes alors :

1re Scène – Doute -> Confiance en soi : Une femme d’affaires appréhende un entretien pour un boulot. Sa mère l’appelle et la rassure. Elle est prête.

2e Scène – Danger Mort/Vie, Perte de la Confiance : Sur le chemin, l’orage gronde alors qu’elle doit traverser un parc réputé pour sa dangerosité. Elle rencontre un mec pas fréquentable, mais elle se le fait à main nue parce qu’elle est bonne en karaté (et ouais !). Mais, elle en a déchiré ses vêtements et en plus, elle est trempée à cause de la pluie. L’entretien est fichu !

3e Scène – Désastre -> Triomphe social : Lorsqu’elle arrive désespérée au bureau, les autres candidats l’aident à se sécher et lui prête de quoi s’habiller. Un peu dépareillée, elle finit par surpasser la peur qu’elle s’est faite et donne ainsi une forte impression à ceux qui voulaient l’engager (oui, oui, oui ! Tout à fait !).

Cette séquence de trois scènes fait basculer l’héroïne badass dans le monde du travail. On passe d’une valeur « Sans Boulot« , à la valeur « J’ai mon boulot ! Yes ! Vive l’argent ! Vive l’Amérique et le karaté ! »

L’Acte, l’Histoire et le Climax

Bon, comme vous l’aurez compris, l’acte se compose de séquences menant petit à petit le mouvement dramatique à un renversement majeur. On appelle cette valeur hyper puissante, le Climax de l’acte. Bien sûr, ça sera une scène, l’une des dernières de l’acte, qui proposera ce changement puissant de valeur, changement qui chamboulera la vie du héros ou de l’héroïne. Ce Climax d’acte, ce point culminant n’est pas irréversible ni absolu. Puisqu’il en existe un encore supérieur, celui de l’histoire elle-même. Que ce soit la scène (Jason a eu sa perruque qu’on lui brûle finalement dans une scène suivante), la séquence (notre femme d’affaires se rend compte que son patron est un con) ou l’acte (une grosse séparation dans un couple au premier, leurs retrouvailles dans le second), chacun des changements de valeur qui affectent ces parties peut être renversé.

Au contraire, le Climax de l’Histoire apporte un changement absolu et irréversible.

Si vous parvenez à donner de l’efficacité au plus petit élément, le but profond de la narration sera accompli. Chaque phrase de dialogue et chaque description doivent transformer le comportement des personnages et leurs actions ou établir les conditions d’un changement. Faites en sorte que vos temps forts construisent des scènes, vos scènes des séquences, ces séquences des actes et que les actes conduisent l’histoire à son climax.Robert McKee - Story

steampunk3haut

  • http://carnetsdeyon.blogspot.fr Yon

    L’article est très intéressant! Tes exemples sont très bons et bien synthétisés! Chapal! Euh, non, je veux dire, chapeau.
    En revanche je crois qu’il y a un problème dans la traduction.
    Une séquence, dans l’écriture de scénar français, est égal à une scène. En fait dans le cinéma, une séquence est un synonyme de scène, ce qui est différent d’une séquence de scènes, qui est un ensemble de scènes/séquences qui boucle un chapitre dans le film. Je pense qu’ici tu confonds un peu les deux…
    Fais attention parce que le vocabulaire que l’on utilise en narration n’est pas la même que celle utilisé dans le cinéma. Et les anglo-saxons n’utilisent pas les mêmes mots que nous non plus.

    • Emaneth

      Merci Yon 🙂
      Par contre, ça vient de la traduction française cette histoire de séquence/scènes.
      Je ne m’étais pas posé de question à propos de cette différence, mais maintenant que tu le dis… C’est vrai que c’est inversé. D’ailleurs, les Temps Forts, sont un peu comme les plans. Il faut que je corrige ça ^^ Pour ce qui est du vocabulaire de la narration/cinéma, j’ai bien dit au début par contre, que c’est un bouquin sur les scénario de cinéma. Mais que ça pourrait très bien s’appliquer à une histoire générale 🙂 Je t’avouerai que j’ai pas lu de bouquin sur la narratologie, donc j’ai pas de comparatif ^^’

      • http://carnetsdeyon.blogspot.fr Yon

        Oui, c’est ce qui m’a un peu perturbé. Tu parlais de scénario mais en utilisant un vocabulaire autre, j’avoue, je me suis gratté la tête deux minutes. Je pense que la trad française a dut être faite avec les pieds. Comme je disais, les différences de définitions entre les mots anglais et les français sont souvent très bizarres.
        Mais enfin, l’important c’est que ton article soit pertinant. Et il l’est. Houra!

        • Emaneth

          Bah, je pense surtout que c’est la vision de McKee est qu’ils ne l’ont forcément pas appliqué à ce que les français proposent. C’est juste de la terminologie après tout ^^
          En tout cas, je suis content que tu trouves cet article pertinent. Je me suis beaucoup posé la question en l’écrivant…
          C’est sûr, je propose rien de nouveau, mais l’écrire me permet aussi de fixer les mécaniques et de mieux y réfléchir 🙂

  • Jérémie Tavelli

    Quand on lit ça on se dit que c’est quand même compliqué d’écrire un scénario (et donc un roman par prolongation). Il y a beaucoup de choses à penser ne serait-ce que sur l’ordre des événements, leur impact… Comme si inventer tout un monde, des créatures et des personnages n’était pas déjà suffisant ^^’
    En tout cas ça m’a permit de voir l’élaboration d’une intrigue un peu différemment . Merci pour cet article!

  • http://ghaanima.com/ Ghaan Ima

    j’adôôôre Mac Kee! (presque autant que tes dessins 😉 Cette façon de voir une histoire comme une partition de musique destinée à créer des émotions ^^
    c’est intéressant le focus que tu fais sur les événements. Vogler (que tu dois connaître, ou sinon que je te conseille fortement) ajoute qu’une scène établie un « pacte avec le lecteur ».
    Le lecteur attend quelque chose de la scène. Un changement de rapport de force entre deux personnages ou même entre lui et l’histoire. Je m’explique, le lecteur doit apprendre quelque chose sur les personnages, leurs relations, leurs évolutions ou sur l’univers et l’intrigue à chaque scène. Enfin, surtout pour les personnages. Les conflits, les changements de valeurs, les climax aux dilemnes ultra insolubles (comme dirait MacKee), tout ça, cela permet de montrer qui sont réellement les personnages. On peut tous se retrouver chevelu du jour au lendemain, l’important c’est ce qu’on en fera. Bref, MacKee est un chef mais Vogler aussi vaut le détour ^-^

    merci pour ta vision qui était très intéressante en tout cas, j’attends ta prochaine analyse!

    • Emaneth

      Ah ça ! Il faut que je continue avec ce genre de post ^^
      Merci de ton commentaire en tout cas ! Effectivement, j’avais lu quelques petites infos sur le pacte de lecture, surtout à cause du changement du point de vue, je ne l’avais pas vu pour l’histoire en général. Mais ça rejoint un peu les règles tacites dont parle McKee. Quand on crée un univers, un monde, ou une histoire, le lecteur se construit lui-même un monde et si on trahit les règles tacites et même les règles qu’on a édicté ouvertement, on brise le pacte de lecture.

      Vogler, je n’ai pas lu ! Merci pour la découverte, je me le note dans un coin pour quand j’aurais fini McKee ^^