La Cerne, les Croissants & la Mine

Extrait de L’Enclave Unifiée – Chapitre VI : La Monnaie Unique

Cerne

La Cerne, la ronde dorée

Pièce ronde, frappée à l’effigie des dirigeants en place, elle porte en liseré l’Ouroboros Brisé et sur son revers un poinçon qui atteste de son authenticité. Constituée d’un alliage d’or et d’argent, l’électrum, elle est la devise officielle de l’Enclave depuis plus d’un millier d’années. Grossière, elle reste facilement imitable et les faux-monnayeurs qui tentent de la reproduire sont combattus avec hargne. Elle a pourtant su s’imposer comme le meilleur moyen de garantir la confiance entre les races et de fédérer les intérêts autour d’un but commun. Aujourd’hui, cette monnaie unique est adoptée par toutes les cités-Etats qui désirent siéger au Conseil. Reconnaître sa légitimité, c’est bénéficier des échanges diplomatiques et de la protection de l’armée des Cols Rouges.

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Chapitre 19 – Partie 1

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« Ouvre grand la bouche ! » ordonna la gouvernante.

Dans sa robe édentée, elle avait l’allure filiforme d’un parapluie replié. Un sombre carré de tulle estompait son regard désapprobateur. Mobius, du haut de ses douze ans, gardait les lèvres closes. Elle lui empoigna fermement le menton et lui écrasa la bouche en cul de poule.

Les ongles marquaient la peau du jeune garçon.

« Tu vas te mettre en retard ! »

La main resserra son étreinte ; il se résigna.

« Voilà, mon petit oisillon ! » s’extasia-t-elle en lui glissant une pilule dans le gosier.

L’enfant avala goulûment et courut vers le hall d’entrée.

« Reviens par ici !

— Oui M’dame ! »

Il traînait ses souliers sur les carrelages usés.

« Aaaaah, fit-il en tirant sa langue rose.

— Rien dans les joues… »

Pour vérifier, elle passa un doigt râpeux à l’intérieur ; il goûtait le savon.

« C’est très bien ! Tes tuteurs seront contents de toi ! »

Mobius lui sourit naïvement.

« Merci, M’dame Edda ! »

Elle lui tapota la tête et noua la cravate de son insipide uniforme d’écolier.

Dans le hall, la pendule sonna six fois, six coups de poing en plein dans l’estomac qui, chaque matin, ramenaient l’enfant à ses obligations. Il se crispa ; les tapisseries austères accentuaient la lugubre sentence du temps. Elles s’effaçaient devant la finesse des hauts plafonds d’albâtre surchargés de moulures tourmentées. Leur réalisme effrayait le garçon. Il n’osait plus lever les yeux sur ces créatures fantastiques vêtues d’extravagance qui braquaient inévitablement les leurs dans sa direction. Au moindre courant d’air, il courbait l’échine ; il s’imaginait les mains de plâtres tendues, tous doigts fourchus, labourer le vide. Il les sentait pesantes, prêtes à l’attirer sous la voûte où elles le plongeraient dans une stase pareille à la leur, une éternité scellée devant la pendule.

« Le tram ne t’attendra pas ! » assena la gouvernante.

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Chapitre 18 – Partie 3

L’auberge de la Baleine à Brosse brillait des chandeliers pendus aux plafonds et des bougies posées sur les tables en bois brut. Il y a quinze ans de cela, Walhdar y avait libéré l’espace en la rénovant de ses propres mains. L’île brassait tant de voyageurs qu’il fallait s’adapter à leur diversité et les bâtiments restaient pensés par des Hommes pour des Hommes. Dans celui-ci, on avait repoussé les murs, élargi les embrasures et renforcé les planchers. Les Humains y croisaient des Véloces, quelques Sappirs, mais aussi des Sauriens, du plus massif Crocodilien au plus chétif Squamate. Pour un peu d’intimité, les clients s’installaient dans l’ombre, sur le banc des alcôves alentour. Ils appréciaient également les solides rondins du bar pour leur proximité avec la cheminée centrale dont la hotte bardée des côtes d’un monstre marin traversait les étages.

Dans un angle dégagé, on avait monté une scène encadrée d’épais rideaux. Des artistes au talent discutable s’y produisaient tous les soirs. On les savait capables de détourner suffisamment l’attention pour qu’une main agile atteigne une bourse. Les cris, les fausses notes et les danses un tantinet langoureuses profitaient toujours aux menus larcins. Mais cette nuit-là, les détrousseurs avaient reçu l’ordre d’éviter les esclandres ; les Cols Rouges descendaient se détendre. Kalio, un musicien Véloce reconnu pour ses tenues excentriques, jouait une mélodie monotone à la cithare. Assit en tailleur, il accompagnait la rengaine de sa voix fluette. Le public, peu réceptif, se contentait de bavasser, verre à la main et clope au bec, happé par la fumée des cendriers et les vapeurs d’alcool. Un brouhaha constant couvrait les discussions ; chacun devait se pencher vers son interlocuteur ou remuer exagérément les mains pour se faire comprendre.

Sous les charpentes, les mezzanines se remplissaient. Les serveurs endimanchés circulaient d’un étage à l’autre les bras chargés de boissons, de fromages et de poissons grillés. L’un d’eux, dont la tête ne dépassait pas les rambardes d’un pouce, quitta la clameur pour un escalier privé menant au plus haut des balcons. Il portait en guise de couvre-chef un plateau garni à raz bords qui camouflait son visage. Seuls ses doigts velus dépassaient sur le tour et laissaient présager d’une pilosité développée. Lorsqu’il atteignit la dernière marche, un garde balafré en armure de cuir s’écarta sans broncher.

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Chapitre 18 – Partie 2

Mara courait avec frénésie. À la manière de ses semblables, elle fusait, ramassée sur elle-même, mains au sol. Ses jambes passaient devant, la propulsaient dans les escaliers du phare. Ses pieds nus frappaient la pierre froide et humide ; la dresseuse avait ôté ses bottines. Ses larges vêtements de cuir souple en revanche lui conféraient l’aisance nécessaire à de grandes enjambées. Elle se ruait jusqu’en bas, impassible face à l’interminable spirale qui défilait sous elle. La rampe accompagnait sa course. Les étroites fenêtres que le crépuscule colorait d’un orange flamboyant défilaient sur sa gauche. Puis, une première porte surgit à sa droite, une deuxième, une troisième et enfin, la plus grande, la dernière, celle qui donnait sur le rez-de-chaussée. Quelques lampes égayaient ce hall circulaire où l’on stockait cordages, outils, cages et filets de pêche. L’iode y flattait les narines ; des poissons roulés dans la saumure s’accumulaient dans des tonneaux grands ouverts. D’autres séchaient pendus la tête en bas aux poutres rafistolées qui s’entremêlaient au point d’en camoufler la voûte. Au centre de la pièce, une impeccable et large colonne d’ébène traversait le bâtiment tout entier, comme l’échine immuable où reposait au point culminant la tête pensante : le colombier et sa lanterne. Toute la structure granitique posée bloc par bloc s’appuyait au tuteur, l’enveloppait parfois jusqu’à s’y confondre comme une seule et même roche.

Affalé là, un Humain décrépi roupillait sur un tabouret, une cuillère à la main. Lorsque la Véloce lui passa devant, il ouvrit à peine les yeux, se gratta le ventre avec son ustensile et la héla avant de sombrer aussitôt dans un sommeil profond. Sa tête tremblotait. Elle reposait sur la soufflerie, une machinerie à pistons prévue pour la transmission des messages d’un étage à l’autre. À cette heure-ci, le mécanisme toussaillait à cadence réduite et le crépitement du poêle à charbon berçait les lieux. Juste avant que Mara ne se décide à quitter son poste, Hewan lui avait proposé de glisser leurs prévisions dans les tubes postaux ; elle avait refusé. La nouvelle, elle l’annoncerait en personne à Walhdar, leur dirigeant. Elle ne pouvait pas confier cette tâche à York, le réceptionniste ensommeillé ; il manquait cruellement de réactivité.

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Outre-Savoir – Maa, le Monde Océan

Cette note contient des révélations sur le Chapitre 10.

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Cette note fait partie d’une série qui tournera autour de l’Outre-Savoir.

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Avant-Propos

Extrait de l’Encyclopédie d’Outre-Savoir, Tome XXIV

Toi, résident de Daehra en quête de réponses, curieux en mal d’Outre-Savoir. Oui ! Toi qui consultes ces pages en dépit de la censure orchestrée par la Renonciation. Sache que les informations que tu pourras lire ici sont toutes issues, sans exception, du témoignage des Vogueurs et des Sombreurs originaires de Maa, deux peuples accueillis par l’Enclave lors de la grande cérémonie annuelle d’Intronisation. À travers ces histoires qui traversent l’espace et le temps, hommes et femmes nous livrent les légendes et les coutumes de leur monde, aujourd’hui compilées par les érudits qui siègent à l’université d’Egydön. Considère-toi comme chanceux ; rares sont les néophytes admis dans la bibliothèque la plus décriée de toute l’Enclave. Cet extrait retravaillé spécialement pour toi se cache dans l’un des nombreux tomes de l’Encyclopédie d’Outre-Savoir.

Dans un premier temps, nous t’y parlerons des trois ethnies principales qui peuplent ce monde lointain, et nous verrons ensemble leurs déités, leurs légendes et leurs coutumes. Puis, tu pourras consulter la géographie de Maa, à l’aide d’une carte dessinée grossièrement par l’un des cartographes de l’université.

Alors, bonne lecture ! Mais, surtout, dépêche-toi ! La bibliothèque ferme à 16h30.

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Chapitre 18 – Partie 1

« Un Huit, un Sept et un Cinq de Corne ! Et toi ? » siffla le vieux Saurien.

Mara lui sourit en dévoilant son jeu.

« Un Dix, un Neuf de Poil et… tiens-toi bien, Hewan ! »

Avec malice, elle abattit sa dernière carte.

« Un As d’Écaille. Ce qui me donne un vingt tout rond ! »

Le visage tanné de son adversaire se décomposa.

« Mais… commença-t-il, tu ne peux pas jouer ça !

— Encore une règle que t’as oublié de m’expliquer ? » se renfrogna Mara.

Elle resserra le bandeau qui retenait son épaisse chevelure foncée.

« Non, les Cornus l’emportent toujours sur les Poilus ! affirma l’autre.

— Tu disais que les Écailleux soutenaient les Poilus ! »

Hewan posa un doigt griffu sur l’un des cartons et le tira vers lui.

« Cette carte, Mara ! Dis-moi ce qu’elle a de si particulier ! »

On y avait dessiné un lézard au crayon et, dans les coins, le chiffre Un. Ce matériel ne payait pas de mine, mais leur suffisait pour animer les heures de garde.

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Chapitre 17 – Partie 2

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Lhortie avait parcouru les couloirs du premier étage en distribuant directive sur directive. La situation du Présage s’avérait bien plus alarmante qu’elle ne l’avait prévu. Tout le mobilier s’était entassé, mélangé, disloqué. Le Lieutenant n’osait même pas imaginer l’état du salon, encore moins celui des réserves de coke. Dans le réfectoire traversé un peu plus tôt, elle avait dû se faufiler entre les tables et les chaises encastrées en un solide barrage. Dans les dortoirs, elle avait chevauché les matelas qui ne formaient plus qu’une entité moelleuse. Et voilà seulement qu’elle atteignait la salle de réunion où un troupier quittait l’entrepôt d’armement en titubant, les bras chargés de munitions, pour rejoindre le sas ouvert sur la passerelle de proue. Dehors, quatre autres soldats l’attendaient. Parmi eux, Hourdis et Pinçon, toujours vivant, se tenaient à la rambarde de sécurité. Lorsqu’il virent passer leur Lieutenant, ils se redressèrent instantanément. Sans un regard, elle s’enfila, pressée, dans la cage d’escalier désormais escarpée qui menait au cockpit. Elle espérait y préparer l’atterrissage d’urgence, mais à peine eut-elle posé le pied sur la première marche que Gaspé, le timonier en second, l’un des conducteurs du Présage, remonta en courant dans sa direction.

« Rupture des communications, j’imagine ? » le devança Lhortie

Elle n’envisageait pas d’autre raison pour qu’il en vienne à quitter son poste.

« Non non non, chef ! Tubes acoustiques intacts ! débita le soldat, en sueur.

— Et que fait Lapointe ? Il n’y a plus personne pour sonner l’alarme ? »

— Personne ! On m’envoie vous chercher. »

Derrière une barbe épaisse et foisonnante, la bouche du timonier se tordait.

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Chapitre 17 – Partie 1

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Quelle idée ! se fustigeait Xenon. Quelle idée d’avoir quitté le salon !

« Plus vite ! » lui intima l’individu planqué dans son dos.

L’homme, protégé d’Apostasis la Morte, lui maintenait fermement le bras. À ses pieds, des liquides s’accumulaient, résidus des minces filets d’eau qui coulaient sur le tapis ; les canalisations des commodités avaient cédé. Xenon en avait plein les chaussures, mais il ne s’en souciait pas. Il devait supporter le poids d’un monstrueux regard croisé un peu plus tôt en se faufilant derrière le rideau, celui de cet homme, froid, hautain, presque amusé. La délégation s’en voulait terriblement.

Pourquoi n’avait-elle pas profité des secousses pour prévenir le Lieutenant ?

« Le flegme des Chitines m’a toujours fasciné », commença l’agresseur.

Dehors, les combats avaient cessé.

« Ce flegme qui cache votre imbécile docilité. Plus loyal qu’un chien ! »

Sa poigne se resserra. Xenon le sentait se retenir.

« Vous ployez sous notre force. On peut vous arracher les pattes, une par une. On peut vous arracher les ailes, les mandibules. Vous restez impassibles. Qu’importe votre taille, reprit le protégé. Vous restez des insectes ! »

L’homme marqua une pause.

« Savoureux lorsqu’on s’en délecte. Silencieux lorsqu’on les écartèle. »

Xenon ne bougeait plus ; il exprimait sa peur la plus profonde. L’être abject qui le retenait avait le discours d’un Manticore. Il transpirait l’aura typique de ces manipulateurs d’organes qui s’élevaient comme des dieux eugénistes. Que pouvait-il comprendre des sentiments chitines ? Que pouvait-il connaître de leur capacité à communiquer, s’il la niait ainsi en la réduisant à une simple représentation gestuelle, à une simple comparaison avec son modèle étriqué ? Bien sûr que les Chitines ressentaient la douleur et la peur ! Bien sûr qu’ils souffraient ! Comme toutes les autres races et créatures sensibles !

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Naissance du Conseil (1) – La Frénésie d’Enagua

steampunk3bas« Asseyez-vous par ici ! » lance Xenon-9834 en mimant un sourire de bienvenue.

Vous suivez ses ordres et vous vous installez à l’avant. Le Chitine tient un épais livre à la main et une craie dans l’autre.

« Aujourd’hui, nous allons parler de la Naissance de l’Enclave ! Vous devez vous en poser des questions à son sujet, non ? »

1000AnsVous acquiescez. Le livre qu’il tient dans la main n’a rien à voir avec les ouvrages phéromonaux qu’il affectionne habituellement. Sur la couverture, vous pouvez y lire de vrais mots, des mots en langue globaleÉpopée des 7 Colonies. Voilà qu’il vous tourne le dos. Devant lui, un grand tableau s’étend sur le mur. Xenon y tracer la carte approximative de l’Enclave géographique, un cercle plus où moins rond digne d’un enfant de 5 ans où s’affrontent reliefs accidentés et arbres ridiculement grands.

 Une fois le travail réalisé, il fait volte-face. Sa bouche tremble mécaniquement. Vous le sentez fébrile, prêt à vous délivrer les connaissances qu’il a potassées rien que pour vous faire l’honneur d’une explication exhaustive. Avant de reprendre la parole, il feuillète son ouvrage et l’analyse. Sa tête se penche sur le côté, à angle droit. Il vous semble qu’il n’y comprend pas grand-chose. Et pourtant…

Il y a 1000 ans…

« Ah voilà ! se réjouit-il en se redressant, victorieux. Remontons 1000 ans en arrière, lorsque les forces de deux villes états convergèrent pour fonder l’organisation que nous connaissons aujourd’hui, l’Enclave institutionnelle. À cette époque, les dirigeants établirent le Conseil de l’Enclave à Apostasis la Pure, une des deux capitales tenues par les Renonciateurs (Apostasis la Morte n’existaient pas encore). Cette ville s’unissait donc à Egydön par un pacte sacré… »

Derrière vous, Strax, un troupier turbulent, se racle la gorge.

«… unies par un bout de papier, ouais ! Et sûrement une bonne bourse bien remplie ! ricane-t-il.

— Oh ! Tu t’la boucles ? Ou j’te rosse les girolles à grand coup d’crosse ! » assène Lestocq, un autre troupier.

Le premier souffle. Vous l’entendez cracher bruyamment et grommeler dans son coin.

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Chapitre 16

Yalthia

L’écho des combats s’insinuait dans les moindres recoins du Présage. Il n’épargnait personne, pas même Yalthia qui basculait petit à petit dans un état d’excitation engendré par la fureur des détonations et les hurlements des troupiers. Il n’arrivait pas exactement à déterminer depuis combien de temps le médecin avait quitté les lieux, mais qu’importe… L’homme au visage couturé avait omis de lui injecter sa dose et le colosse se dégourdissait, se réappropriait chaque sensation ; celle du contact de ces larges vêtements dont on l’avait affublé, celle des sons déformés par le métal alentour, mais surtout celle des entraves à ses poignets, à ses chevilles.

Juste au-dessus de lui, une rafale retentit.

Yalthia sentit son cœur exploser dans sa poitrine, cogner sur ses tempes et le sortir de sa torpeur. Il fallait qu’il se détache. Rapidement. Maintenant. Un coup vif et sec. Ses bras restèrent figés. Furieux, il crissa des dents, prit une profonde inspiration et se lança dans une seconde tentative. Cette fois, il y mettrait toutes ses forces, toutes celles qu’il pouvait mobiliser dans son état de faiblesse. Torse gonflé, muscles bandés, il tira en maintenant la pression sur ses liens. Sa mâchoire se tétanisa. La structure du lit se tordit. Puis, dans un soubresaut, l’une des barres métalliques céda. Alors, sans plus attendre, le bras libre, il arracha des dents les pansements qu’on lui avait appliqués sur les mains. Ses doigts se dévoilèrent tuméfiés, ses articulations déchirées. Entre les chairs, on distinguait la couleur bleutée de son squelette ; cette couleur qui le différenciait des autres. Une douleur lui vrilla les phalanges.

Il avait vu pire.

Méthodiquement, il se débarrassa de chaque sangle aux poignets puis aux chevilles, et se releva encore groggy par les calmants. La pièce bascula une seconde. Il perdait l’équilibre. Appuyé au bureau du médecin, il essaya de se souvenir ; son esprit se heurta au néant. Il fouilla et fouilla encore. Il voulait saisir des mots, des concepts, mais tout lui glissait sur la langue. Pourtant, il savait que les réponses se trouvaient quelque part dans son esprit, quelque part derrière ce voile de plomb qui obscurcissait sa mémoire.

S’enfuir, songea-t-il. Il ne reste plus qu’à s’enfuir.

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