Chapitre 26

« Bouge ton croupion, mon filou ! »

Strax leva la tête. Une forme rondouillarde s’adressait à lui dans la pénombre.

« Le Père t’attend pour décrotter l’cul des moutons !

— La Mère ? C’est vraiment toi ? » s’étonna le Col Rouge en se grattant la nuque.

Le jour filtrait à travers les planches d’une baraque.

« Qui qu’tu veux qu’je soit, mon filou ? T’reconnais même plus ta mimoune ? »

Difficile à dire. Cette chose en détenait néanmoins le langage.

« Qu’est-ce… que tu fous ici, la Mère ? s’étrangla Strax.

— J’viens t’botter l’derrière ! »

Allongé dans la paille, le troupier se frotta les paupières. Ses muscles engourdis lui arrachèrent des grimaces ; son visage imberbe, son corps juvénile, ses cheveux en bataille : il palpa l’ensemble comme s’il ne lui appartenait pas. Il était bien ici,  chez lui, pas ailleurs, pas là-bas dans cette tour sordide et humide qu’il ne pensait jamais quitter. Il observa ses mains à la lueur d’un rayon qui perçait la toiture comme pour s’assurer de son retour véritable : sa peau possédait la souplesse inattendue d’une lointaine jeunesse, celle des garçons de ferme qui piquent des roupillons à l’abri des regards plutôt que de s’user les paluches à travailler la terre. Sur ses phalanges, il ne vit pas un poil. Un duvet y siégeait à la place – ou peut-être était-ce l’inverse ? Peut-être était-ce les poils qui les remplaceraient plus tard, lorsqu’il serait adulte. Adulte ? Était-il vraiment possible de retourner le temps comme on retourne un sablier ? Et comment était-il au courant pour les poils, d’ailleurs ? Comment savait-il qu’ils pousseraient s’il était revenu chez lui, dans la ferme du Père ?

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