Chapitre 25

« Pourriez-vous ralentir le rythme ? proposa le docteur Luther.

— Bien sûr, mais vous ne capteriez plus mes modulations…

— J’ai une bonne ouïe – je l’exerce tous les jours. Alors, allez-y. »

Les minuscules mandibules contenues dans la gorge du Chitine bourdonnèrent.

« Vous tenez presque la note ! Fermez un peu la bouche pour voir ? »

Xenon joua sur la résonnance à grand renfort de contorsions labiales.

« Oh, voilà ! s’émeut le médecin. C’est la sonorité parfaite ! »

Envoûtées par les crissements, trois de ses mains projetaient leurs ombres sur les parois d’une pièce aveugle. Au sommet d’un empilement de caisses, il avait installé une lampe à huile. Les rayons orangés chassaient les premières lueurs du matin qui peinaient à filtrer depuis le chambranle. Xenon tentait encore de comprendre l’étrange rituel qui se préparait ici. Tout en sifflotant, le Manticore avait ôté le linceul du Capite, puis l’avait élégamment secoué pour recouvrir deux caisses. Quelques assiettes auraient suffi à transformer les lieux en cantine, mais c’est un corps fagoté de sa bure que Luther dressa en guise de porcelaine, et c’est une trousse pleine d’instruments tranchants qui remplaça les couverts.

« Très bien, très bien ! s’égaya le médecin. Nous pouvons commencer… »

Délicatement, il se pencha sur le Renonciateur, lui dégagea la tête de son capuchon, replia le tissu sous le crâne chauve et admira la dépouille avec une joie non dissimulée. Sourire crispé, frétillement des doigts, regard fixe sur l’objet convoité : le Manticore suintait l’excitation. Xenon, quant à lui, n’éprouvait aucun plaisir à jouer avec les morts. Néanmoins, l’intérêt pointait et il reconnaissait que celui qui gisait là méritait qu’on s’y attarde.

« Depuis l’accident, avoua le médecin, je n’ai plus qu’une obsession… »

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