Chapitre 19 – Partie 2

etoile

L’amphithéâtre se dorait des premières lueurs du matin. Les ras rayons se heurtaient aux imperfections des baies vitrées. Ils se projetaient sur les pupitres disposés en arcs de cercle. Des panneaux de bois recouvraient les murs jusqu’aux angles des plafonds où courrait un liseré sculpté d’un millier de masques morbides, tantôt amusés, tantôt suppliciés. Le murmure des écoliers bourdonnait sous la voûte. Dans les gradins bondés, on se chamaillait gentiment à coup de pied, de poing et de cheveux tirés. Frieda avait forcé les élèves à se décaler d’un cran pour installer Mobius sous les fenêtres du premier rang. Ce dernier avait enfoui sa tête entre ses épaules depuis qu’il avait rejoint son siège et préférait se taire pendant que son unique voisin discutait avec d’autres.

Le cours allait bientôt commencer.

Debout sur son estrade, le professeur d’anatomie n’attendit pas le silence. Il pointa vers le tableau son bras télescopique, un greffon grossier d’humérus et de coudes qu’il agitait comme un mètre dépliant. À l’extrémité, sa main pâle s’escrima contre l’ardoise. Elle égrenait son savoir à la craie. Dès les premiers mots tracés, les spectateurs s’apaisèrent et saisirent leurs plumes. Chacun reproduisit sagement les pleins et les déliés sur son cahier. Les pointes métalliques griffonnaient en cadence. En retard sur les autres, Mobius versait seulement l’encre dans le creux de son plumier. Lorsqu’il commença enfin à inscrire le titre de la leçon, une lourde voix emplit tout l’espace et le stoppa dans son élan. Le professeur s’était adossé à son bureau, face à l’assemblée. Sa bouche chirurgicalement distendue portait ses paroles jusqu’au fond de l’amphithéâtre.

« Aujourd’hui, je vous réserve une petite surprise ! Mais avant ça… »

Son bras se plia en cinq et reprit une allure parfaitement banale.

« …, qui peut me dire, ce qu’il sait de la douleur ? »

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La Cerne, les Croissants & la Mine

Extrait de L’Enclave Unifiée – Chapitre VI : La Monnaie Unique

Cerne

La Cerne, la ronde dorée

Pièce ronde, frappée à l’effigie des dirigeants en place, elle porte en liseré l’Ouroboros Brisé et sur son revers un poinçon qui atteste de son authenticité. Constituée d’un alliage d’or et d’argent, l’électrum, elle est la devise officielle de l’Enclave depuis plus d’un millier d’années. Grossière, elle reste facilement imitable et les faux-monnayeurs qui tentent de la reproduire sont combattus avec hargne. Elle a pourtant su s’imposer comme le meilleur moyen de garantir la confiance entre les races et de fédérer les intérêts autour d’un but commun. Aujourd’hui, cette monnaie unique est adoptée par toutes les cités-Etats qui désirent siéger au Conseil. Reconnaître sa légitimité, c’est bénéficier des échanges diplomatiques et de la protection de l’armée des Cols Rouges.

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